/fr/2018

Ajouter un article

Antoine Fauchié et Thomas Parisot, « Repenser les chaînes de publication par l’intégration des pratiques du développement logiciel », Sciences du Design, n° 8, décembre 2018, p. 45‑56.

La rencontre des univers du livre et du développement logiciel est à l’œuvre dans plusieurs expérimentations de chaînes éditoriales, faisant apparaître de nouvelles approches et de nouvelles pratiques de design. Les étapes du processus d’édition sont réévaluées, repensées, re-conçues, notamment par l’avènement d’un environnement profondément numérique. Quelles sont les influences des méthodes et des outils du développement web sur les chaînes de publication des livres ? Nous nous focaliserons ici sur quatre aspects : la modularité des étapes et outils d’édition, l’ouverture des formats, la réduction de la distance entre le contenu et ses usages et l’économie acquise qui concerne principalement l’humain. Cet article constitue un bref panorama des efforts nécessaires pour envisager une évolution des chaînes d’édition, en sollicitant les pensées d’Ivan Illich et de Gilbert Simondon. Nous interrogerons des systèmes innovants inspirés de la méthode Agile, chère au monde du développement logiciel.

Éric Méchoulan et Marcello Vitali-Rosati, L’espace numérique, Les atelier de Sens public, 2018.

Comment penser l’espace numérique et rendre compte de son caractère à la fois structuré, mouvant et collectif ? Comment trouver un dispositif qui permet un dialogue ouvert, parvenant à saisir le sens des infrastructures numériques, sans les cristalliser en une essentialisation appauvrissante ? L'échange de courriels a semblé aux auteurs le moyen le plus approprié de faire de la théorie et de mettre en place un geste de pensée qui s’accorde avec la culture numérique, permettant d’envisager cette dernière avec un regard critique. Pendant un an et demi (de septembre 2015 à mars 2017), Éric Méchoulan et Marcello Vitali-Rosati ont donc échangé questions et réponses, afin d’essayer d’identifier les caractéristiques du numérique — espaces, temps et enjeux politiques — en continuité avec la tradition du dialogue philosophique.

Enrico Agostini Marchese, « L’éthique à l’épreuve du numérique. Ethics of Information and Communication Technologies d’Adriano Fabris », Sens Public, juillet 2018.

Information et communication sont des phénomènes qui définissent de plus en plus notre époque et notre condition humaine contemporaine. C’est à partir de ce constat qu’Adriano Fabris, dans son livre, se pose la question de savoir si une éthique qui ne soit pas simplement un manuel d’instructions pour les professionnels est possible pour le domaine des TIC. Conçu comme un parcours à travers les concepts clés du domaine, Ethics of Information and Communication Technologies se propose le défi d’imaginer une réflexion philosophique morale sur notre manière de se mettre en relation les uns avec les autres aujourd’hui.

Enrico Agostini-Marchese, « Plaidoyer pour la normalité », Sens Public, avril 2018.

Est-il possible de penser la littérature numérique au-delà de sa spécificité technique et technologique ? Comment analyser cette production littéraire avec les outils littéraires « classiques » ? Dans son livre Pour une poétique numérique. Littérature et internet, au moyen d’une approche multidisciplinaire capable de passer aisément de la théorie sémiotique du rapport entre image et texte à une réflexion sur les pratiques contemporaines d’archivage, Gilles Bonnet propose une analyse exhaustive du domaine de la littérature numérique française contemporaine. Véritable état de la question au sein du domaine, ressource bibliographique incontournable et anthologie, ce texte est non seulement une pierre de touche pour toute recherche sur le sujet, mais aussi une puissante déclaration de légitimité d’un champ littéraire trop souvent négligé par l’institution.

Thomas Carrier-Lafleur, André Gaudreault, Servanne Monjour[et al.], « L’invention littéraire des médias », Sens Public, avril 2018.

Les médias existeraient-ils sans la littérature ? Pourrait-on parler de « télévision », de « photographie », de « cinéma » ou du « numérique » sans que ces dispositifs aient aussi été construits, institutionnalisés et même parfois déconstruits dans l’imaginaire collectif par la littérature et son discours ? À l’heure où le numérique semble encore s’inventer, le présent dossier vise à souligner le rôle du fait littéraire dans la construction de nos médias. En même temps, l’hybridation médiatique de notre contemporanéité numérique rend nécessaire une réflexion sur la capacité des médias à se réinventer réciproquement, renouvelant chaque fois l’ordre du discours et la fonction de la littérature. En raison de sa capacité à témoigner de l’hétérogénéité de notre univers médiatique, la littérature offre un terrain privilégié – où tout reste encore à faire – pour mener une telle recherche.

Servanne Monjour, « La réinvention du passé », Sens Public, mars 2018.

La nature des contenus documentaires qui circulent aujourd’hui sur le web, tout comme la façon dont ces documents (qu’ils soient numérisés ou « natifs-numériques ») sont diffusés, édités ou encore (re)contextualisés, n’ont rien de neutre : elles impliquent une certaine idée du passé qui, sous l’effet des nouvelles technologies et de notre culture numérique, a connu ces dernières années de profondes mutations. Matteo Treleani, dans son ouvrage Qu’est-ce que le patrimoine numérique ? (Le bord de l’eau, 2017), s’est donné pour mission de baliser et de comprendre cette nouvelle conception du passé, pour en mesurer les conséquences sur nos logiques de production, de transmission et de réception des archives. Dans une perspective sémiologique, il dresse un état des lieux des mutations épistémologiques de la fabrique des archives, invitant à repenser nos pratiques patrimoniales et notre rapport au passé.

Enrico Agostini Marchese, « Entre le son et la cloche, l’air cristallin », Sens Public, mars 2018.

Quel est le rôle de la médiation et du medium dans les structures perceptives des êtres humains ? En refusant le cloisonnement du débat philosophique sur la phénoménologie de la perception de langue allemande des années 1920, Heider déplace le centre de la réflexion philosophique au-delà des oppositions classiques entre homme et monde, esprit et sens, sujet et objet. À travers la problématisation de la notion de médium, Heider nous amène à reconsidérer nos modalités d’appréhensions du monde, en développant une théorie phénoménologique de la médiation fondée sur le concept de milieu perceptif.

Marcello Vitali-Rosati, On Editorialization: Structuring Space and Authority in the Digital Age, Amsterdam, Institute of Network Cultures, 2018, 114 p., (« Theory on demand », 26).

In On Editorialization: Structuring Space and Authority in the Digital Age Marcello Vitali-Rosati examines how authority changes in the digital era. Authority seems to have vanished in the age of the web, since the spatial relationships that authority depends on are thought to have levelled out: there are no limits or boundaries, no hierarchies or organized structures anymore. Vitali-Rosati claims the opposite to be the case: digital space is well-structured and material and has specific forms of authority. Editorialization is one key process that organizes this space and thus brings into being digital authority. Investigating this process of editorialization, Vitali-Rosati reveals how politics can be reconceived in the digital age.

Marcello Vitali-Rosati, « À quoi servent les publications scientifiques? », La vie de la recherche scientifique, 2018, p. 19‑22.

Les publications ont pour rôle de produire des espaces où peuvent se former des communautés capables de converser et d’échanger sur des sujets scientifiques. Plus que réseaux de textes, elles doivent être réseaux d’intelligences. A l’heure où les dispositifs d’évaluation des carrières se font de plus en plus sur les « lignes » de CV et le classement des revues, il est urgent pour la communauté scientifique de se reposer la question de quels seraient aujourd’hui les meilleurs espaces pour rendre possible la grande conversation scientifique.

Benoît Epron et Marcello Vitali-Rosati, L’édition à l’ère numérique, Paris, La Découverte, 2018, 128 p., (« Repères »).

Le numérique est en train de remodeler l’ensemble du processus de production du savoir, de validation des contenus et de diffusion des connaissances. En cause : l’émergence de nouveaux outils et de nouvelles pratiques d’écriture et de lecture, mais aussi un changement plus global que l’on pourrait qualifier de culturel. Les éditeurs ont posé en termes tantôt apocalyptiques tantôt technophiles un grand nombre de questions, notamment sur l’avenir du livre, les modes d’accès à la connaissance, la légitimation des contenus en ligne et les droits d’auteur. Cet ouvrage propose un état des lieux de l’impact effectif des mutations technologiques sur l’édition, à partir de trois fonctions principales des instances éditoriales : la production des contenus, leur circulation et leur légitimation. Cet ouvrage combine une approche académique de compréhension des modèles, une observation empirique des pratiques et usages et une analyse des logiques stratégiques déployées dans ce secteur.

Marcello Vitali-Rosati et Nadine Desrochers, « L’écrivaine, l’écrivain en recherche. Perceptions et approches », Mémoires du livre / Studies in Book Culture, vol. 9 / 2, 2018.

Les figures de l’écrivaine et de l’écrivain ne cessent de susciter de l’intérêt. La mort de l’auteur, annoncée par Foucault et Barthes dans les années 1970, ne semble pas avoir diminué l’aura qui entoure cette figure. L’auteur est peut-être mort, mais il écrit encore, disait Benoît Bordeleau dans un billet de blogue. On pourrait ajouter : l’auteur est peut-être mort, mais les écrivains charment encore. Que sont aujourd’hui les écrivaines et les écrivains? Comment sont-ils perçus et représentés à une époque où le web ouvre de nouvelles formes d’auctorialité et de nouvelles expressions créatives? [...]

Thomas Carrier-Lafleur, « Comment parler de ce que l’on aime ? Poétique de l’indirect et origine des médias chez le dernier Roland Barthes », MuseMedusa, 2018.

À partir d’un des derniers articles rédigés par Roland Barthes, « On échoue toujours à parler de ce qu’on aime », le présent article s’intéresse à la résonance du mythe de Dibutade dans l’œuvre tardive de l’écrivain. Ce que cherche le dernier Barthes, ce sont les mots justes pour parler de ce qu’il aime le plus, et qui maintenant n’est plus : il veut parler de sa mère et trouver une façon de dire son chagrin. Mais les mots sont toujours les mots des autres. Pour retrouver une certaine vérité de l’expression, Barthes sera ainsi amené à explorer des formes et des médias autres : photographie, roman, haïku. Cette poétique de l’indirect est le seul moyen de parler de ce que l’on aime.

Margot Mellet, « Des signatures à soi. Marguerite par Marguerite », MuseMedusa, 2018.

En plus d’une production littéraire prolifique variée (poèmes, recueil de nouvelles…), Marguerite de Navarre a également tenu une correspondance abondante avec son entourage, avec les politiques ou intellectuels de son temps dont la correspondance avec Guillaume Briçonnet, alors évêque de Meaux. Cette correspondance entre deux figures intellectuelles, politiques et évangéliques de l’histoire de France s’étend de juin 1521 à novembre 1524. Il s’agit d’une correspondance « littéraire » fondée sur un enjeu spirituel primordial : il s’agit de renouer avec Dieu. Communément considérée comme la source majeure de l’innutrition spirituelle de Marguerite, la Correspondance entretenue avec Guillaume Briçonnet est davantage lue et présentée dans un rapport historique, plutôt que dans une dimension pleinement littéraire et stylistique. Dès la première lecture de la Correspondance, le lecteur peut déjà déceler une qualité et un soin apportés aux signatures par Marguerite d’Angoulême attestant d’une franchise épistolaire, d’un talent littéraire et d’un sentiment particulier au contexte de la lettre signée. Les signatures épistolaires ne sont pas de simples modalités de politesse ou des conventions silencieuses entre les destinataires, mais de véritables signes poétiques de soi pour Marguerite de Navarre.

Élisabeth Routhier, « Le faire disparaître : pour une théorie de l’hypermédiateté », MuseMedusa, 2018.

Cet article propose d’utiliser le mythe de Dibutade – et l’iconographie produite autour de son geste d’inscription – comme prétexte pour une réflexion sur le problème de la disparition à partir d’une posture intermédiale. Partant du postulat que la jeune Corinthienne fait disparaître son amant en traçant son profil, il sera soutenu que la disparition, dans sa performativité intrinsèque, engendre un régime d’interaction essentiellement médial. En tant que contrepoint de l’immédiateté, ce régime d’interaction sera appelé « hypermédiateté ». La conceptualisation de la notion d’hypermédiateté, qui fera suite à une discussion plus générale sur les mécanismes du disparaître, en fera notamment ressortir la force d’anachronisation.

Marcello Vitali-Rosati et Peppe Cavallari, « Mouvement et cristallisations : l’actuel entre mythologie, cinéma et théorie du web », Cahiers Sens public, 2018, p. 33‑54.

Le rapport entre actuel et virtuel a été très problématisé dans l’ensemble de l’histoire de la pensée occidentale. À partir de la critique nietzschéenne de l’essentialisme, l’idée aristotélicienne de la primauté ontologique de l’acte (entelecheia) sur la puissance (dunamis) a été profondément mise en question : il n’y aurait pas d’essence, il n’y aurait que des actions. Ainsi, le mouvement, les dynamiques, le processus, auraient une priorité sur leur actualisation en essences qui ne serait qu’un contrecoup de la puissance. Cette structure de priorité de la dynamique sur l’actualité semble s’adapter particulièrement aux environnements numériques, toujours en mouvement. Pourtant, l’économie des notifications toujours plus nombreuses, ainsi que la permanence et l’enregistrement par défaut de tous nos actes, se révèle indispensable aux fins de la production du mouvement – qui serait en réalité fondé sur l’immobilité. Dans cet article, nous allons revenir sur le rapport entre actuel et virtuel pour souligner l’importance du concept d’actuel.

Marcello Vitali-Rosati, « Mais où est passé le réel ? Profils, représentations et métaontologie », MuseMedusa, 2018.

Mais où est passé le réel ? C’est une question apparemment éternelle qui, dans un contexte contemporain marqué par les médiations numériques (réseaux sociaux, dispositifs de réalité virtuelle, réalité augmentée, etc.), retrouve aujourd’hui un sens et une valeur singuliers. Le mythe de Dibutade, en tant que mythe d’origine d’une forme particulière de représentation, celle du profil, me semble particulièrement adapté pour poser la question du réel aujourd’hui à partir notamment des expériences d’« écriture profilaire » que l’on voit se multiplier sur le web. Sera proposée dans cet article une interprétation de l’écriture de profil avec une approche philosophique que l’auteur appelle « métaontologie ». L’ambition de la métaontologie est de repenser le statut du réel après la déconstruction de ce concept qui a été opérée à la fin du XXe siècle dans ce mouvement de pensée, hétérogène et multiple, auquel on fait référence sous l’étiquette – par ailleurs très problématique – de « post-structuralisme ».

Michael Nardone, « Rafael Lozano-Hemmer at the Musée d’art contemporain de Montréal », Frieze, 2018, p. 264.

Antoine Fauchié, « Markdown comme condition d’une norme de l’écriture numérique », Réél - Virtuel, 2018.

Inventé par John Gruber au début des années 2000, Markdown est un langage sémantique qui permet d’écrire du HTML — Hyper Text Markup Language — avec un système de balisage bien plus léger. D’abord plébiscité par les développeurs pour rédiger leur documentation, cette syntaxe est désormais de plus en plus employée, notamment dans des applications numériques qui cherchent à se passer d’interfaces WYSIWYG — What You See Is What You Get : ce que l’on voit est ce que l’on obtient, fonctionnement des traitements de texte classiques. Pensé pour distinguer la structure sémantique et la mise en forme d’un document, et être très facilement transformable en HTML, Markdown devient le pivot de l’écriture numérique, rendant les fichiers sources tout autant lisibles par des humains, interopérables pour les machines ou résilients. En plus de Markdown, d’autres langages sémantiques comme Asciidoc semblent s’imposer face aux interfaces WYSIWYG qui n’ont pas résolu le problème de l’interaction homme - texte structuré, et que LaTeX a limité à des usages universitaires. Si le standard du web est le HTML, comment Markdown peut-il être la norme de l’écriture numérique ?

Connexion