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Le répertoire des écrivain.e.s numériques

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Qu’est-ce qu’une œuvre littéraire dans l’environnement numérique ? Intéressé.e.s par des formes littéraires numériques qui ne rentrent pas dans la définition établie par l'Electronic Literature Organization (ELO), la CRC sur les écritures numériques adopte une approche fondée sur la volonté de rendre visibles et accessibles des œuvres qui ne sont pas considérées comme traditionnelles.

Responsable du projet : Marcello Vitali-Rosati

Coordinateur du projet : Enrico Agostini Marchese

Équipe : Servanne Monjour, Nicolas Sauret.

Projet financé par la FCI

Site du projet : http://repertoire.ecrituresnumeriques.ca/s/repertoire-numerique/page/welcome

Documentation du projet

Ressources externes

Description du projet

Rendu possible par une subvention de la Fondation Canadielle pour l'Innovation (FCI), le Répertoire des écrivaines et écrivains numériques a été conçu au sein de la Chaire du Canada sur les écritures numériques et il est le résultat d'un projet de recherche mené au sein du groupe pendant des années, le Projet Profil.

Intéressé.e.s par des formes littéraires numériques qui ne rentrent pas dans la définition établie par l'Electronic Literature Organization (ELO), les membres de la CRC sur les écritures numériques ont adopté une approche fondée sur la volonté de rendre visibles et accessibles des œuvres qui autrement ne rentreraient dans aucune des catégories stabilisées – car elles ne sont pas, à proprement parler, des œuvres hypermédiatiques, mais ne peuvent pas non plus être considérées comme des œuvres traditionnelles.

Si pour les répertoires consacrés à la littérature hypermédiatique — comme le québécois NT2 dirigé par Bertrand Gervais à l'Uqam, ou le projet CELL d'ELO, la notion d'œuvre n'est pas problématique, car ses limites sont stables et définies, pour le Répertoire des écrivaines et écrivains il nous a fallu problématiser davantage nos objets d'étude.

Qu’est-ce qu’une œuvre dans l’environnement numérique ? La question est très complexe dans le cas d’expériences d’écriture en ligne. L’unité spatiale et temporale qui semble être requise pour pouvoir parler d' « œuvre » – et donc pour pouvoir délimiter un objet pour le répertorier – est très rare dans l’espace numérique. Prenons le cas d’un blogue : doit-on le considérer comme une œuvre dans sa totalité ou doit-on plutôt considérer chaque billet comme une œuvre à part ? La question devient encore plus complexe dans le cas de site-ateliers comme le Tiers Livre ou desordre.net de Philippe de Jonkere ou Liminaire de Pierre Menard, ou Petite Racine de Cécile Portier, ou le site d’Arnaud Maïsetti pour n’en citer que quelques-uns. Prenons l’exemple d’Arnaud Maïsetti : on pourrait considérer le site entier comme une œuvre (et donc répertorier tout ce qui se trouve à l’adresse http://arnaudmaisetti.net/), ou prendre en compte seulement un projet particulier (par exemple son Journal), ou encore prendre en compte chaque page (une entrée du journal, ou un texte du projet Fictions du monde…). Chaque choix a ses limites. Choisir une granularité très fine – et donc définir en tant qu’œuvre une seule page – permet en effet de décrire des objets relativement stables – une page peut être changée, mais elle le sera moins que le site tout entier – et relativement homogènes (en ce qui concerne leur contenu, leurs styles, leur forme, leur thématique, etc.). En revanche, ce travail de description impliquera une sélection radicale – à cause de la quantité des pages – qui sera forcement très arbitraire. Juste pour donner une idée : le site Carnets d’Arnaud Maïsetti a 2007 pages, Liminaire environ 2000, Le Tiers livre plus de 4000 (du moins si on se fie à la numérotation automatique du CMS Spip qui gère le site). Il est évidemment impossible de toutes les répertorier et une sélection d’une centaine de pages (chiffre qui représenterait approximativement le nombre d’œuvres attribuées à un auteur papier productif) serait complètement arbitraire. Le choix de sélectionner les projets est aussi très problématique. Même s’il semblerait que ce choix correspond le mieux à une définition théorique d'« œuvre », il s’avère très difficile d’identifier et d’isoler les projets du reste du site, car les écrivains changent souvent l’agencement de leurs plateformes.

Finalement, le choix le moins problématique est de répertorier les sites entiers et de considérer la totalité du site-atelier en tant qu’œuvre. On pourrait parler d’une « œuvre-archive mosaïquée ». Mais, techniquement, cela pose encore des problèmes : qu’entend-on par « site » ? L’ensemble des contenus gérés par le même CMS ? L’ensemble des contenus diffusés sous le même nom de domaine ? Le choix que nous avons fait dans le cadre de notre répertoire est axé plus sur la réception que sur la production. Nous décidons donc de mettre au second plan la façon les contenus sont gérés du côté production et nous essayons de différencier les contenus à partir de l’expérience de l’utilisateur. Concrètement nous considérons comme une œuvre singulière l’ensemble des contenus qui sont diffusés à l’intérieur d’une plateforme qui affiche les mêmes menus, le même graphisme (ou du moins un graphisme cohérent) et qui permet dans toutes les pages de revenir à la page principale. Si l’emploi d’un CMS unique est clairement reconnaissable, l’œuvre finit par correspondre au CMS, mais cela n’est pas toujours vérifiable. Les projets qui sortent de ce cadre – même si on peut trouver un lien qui renvoie vers eux dans un autre site – sont considérés comme des œuvres à part. Ainsi, dans le cas de Petite Racine, nous considérons l’ensemble du site comme une œuvre (et donc les rubriques la tête que ça nous fait, dans le viseur, complément d’objets, à mains nues, singeries, selon l’organisation du site en septembre 2017), mais Étant donnée et Traque traces (dont le lien se trouve pourtant dans le site principal) sont considérées comme des œuvres à part, car elles se basent sur un environnement complètement séparé et qui n’a aucun lien avec le site petiteracine.net.

Ce choix permet d’identifier des sites-ateliers et de suivre le travail d’un écrivain. En revanche le fait de considérer ces objets comme des œuvres implique de changer profondément notre notion d'« œuvre » : ces objets ne sont ni homogènes ni stables. Dans le même site, on trouve des nouvelles, des poèmes, des fragments, des photos… et chaque jour les contenus, le graphisme, la mise en forme… changent, parfois de façon radicale.

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